28 février 2006

Les Idrissides dans le Maghreb

L'histoire des Idrissides (VIII - X siècle)dans le Maghreb commence essentiellement par cette noble famille dont le père fondateur Idrisse premier est venu au Maroc, ralliant à sa cause de nombreuses tribus Berbères qui le proclameront Roi du Maroc. Avant son arrivée, deux vagues d' arabes étaient parvenues en Afrique du Nord, dès la fin du VII siècle, l'une dirigée par Oqba Ibn Nafi, le fondateur de Kairouan (670), l'autre par Moussa Ibn Nuçair, tous deux considérés comme les précurseurs de l'introduction de l'Islam dans cette région, peuplée jusque là du peuple Berber. Idrisse premier descendant d'Ali, gendre du prophète(SAWS), a connu d'abord de grandes inquiétudes à la cour de Bagdad où il était recherché comme opposant aux Abbassides (les descendants d’El Abbas oncle du prophète(SAWS)), devenus à leur tour les nouveaux maîtres du monde musulman. Après s'être réfugié en égypte, Idrisse se dirige vers le Maroc en passant par Tanger et Tlemcen , avant de s'installer définitivement à Walilah (volubilis) ville adossée au massif de Zerhoun, sur les bords de l’oued Khoumane. Idrisse était toujours sous la protection du chef de la tribu des Aourebas, Abou Layla Ishaq ben Abdelhamid.

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Accompagné de son frère de lait Rached Ben Morched El Koreichi, il trouve un Maroc en proie à des luttes tribales axées sur les interprétations du Coran, avec au premier plan le mouvement Kharidjite particulièrement actif. Très vite il fut reconnu comme descendant du Prophète Muhammad (SAWS), il fut proclamé Imam, six mois après son arrivée, il prêche l'orthodoxie sunnite et rallie autour de lui la majorité des tribus du pays. De Walilah, il dirige des expéditions dans tout le pays, assoit son autorité et augmente sa puissance. Celle-ci inquiète les Abbassides qui craignent une action de sa part dans l'avenir. C'est ainsi que Haroun al-Rachid, nouveau Calife Abbasside décide de le supprimer et lui envoie pour cela un messager, Souleyman Ben Djaber-en-Nabdi-el-Zindi, supposé être un émissaire de soutien et d'amitié. Celui-ci séjourne le temps nécessaire à Walilah pour capter sa confiance et parvient à l'empoisonner en 793 grâce à une fiole de musc contenant du poison.

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En 789/90, Idrisse Ier entreprit la conquête de Tlemcen-Agadir ou il posa les fondations du Masjid El Attiq (la grande mosquée d’Agadir). C’est la première mosquée construite dans le Maghreb central. Idrisse Ier y fit édifier un minbar (chair) sur lequel on inscrivit son nom. C’est seulement à cette époque que Soleiman Ibn Abdallah El Kamel émigra d’Orient pour venir retrouver son frère Idrisse Ier à Tlemcen. Ce dernier l’installa dans la région et le nomma émir de Tlemcen. Soleiman Ibn Abdallah El Kamel est quant à lui à l’origine des Chorfas d’Ain El Hout (village dans les environs de Tlemcen ) et de Bedjaia (Bougie). Il séjourna et mourut à Tlemcen. Quant à Idrisse Ier il retourna s’installer comme nous l’avons dit plus haut à Wallilah (Volubilis). Bien accueilli, usant de son autorité religieuse, habile à nouer des relations avec les tribus Berbères , il étend son autorité sur une grande partie du Maroc

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Mais, trois ans plus tard, en 793 (Ch), Idrisse Ier fut traîtreusement empoisonné sur ordre du Khalife Haroun Rachid à Bagdad, comme nous l’avons décrit plus haut. Son agresseur fut rattrapé par son frère de lait Rached à la ville d’El Hira qui se nomme actuellement Oujda ( racine arabe Wajada signifiant trouver).

Quelques mois après la mort d'Idrisse Premier, son épouse Kenza, originaire de la tribu Aoureba, donne naissance à un garçon surnommé Idrise Ethani ou Idrise II. L'éducation du jeune prince est confiée au fidèle affranchi de de son défunt père, Rachid, qui le fait proclamer Sultan du Maroc en 804, à l'âge de 11 ans. Au fil des années, sa sagesse et son sens politique s'affirment, le nombre de ses fidèles s'accroît, la capacité et la puissance de son armée se développent. Ne pouvant agrandir la ville de Walilah (située sur une crête à l'accès difficile) et voulant se doter d'une capitale, il décide de chercher un lieu remplissant des conditions économiques et stratégiques les plus adéquates.

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L'édification d'une cité prestigieuse s'imposait pour fixer l'Islam parmi les tribus unifiées autour de lui. Il voulu concentrer les forces du jeune état islamique et réaliser le brassage des différentes ethnies pour en faire une nation. Idrisse II succéda donc à son père. Il continua son œuvre dans le raffermissement de la dynastie Idrisside issue de Ali et Fatima Zahra. Il partit lui aussi pour Tlemcen en l’an 814(Ch) ou il séjourna pendant trois années. Il élargit ainsi le royaume vers le sud et l’est. Contrôlant le carrefour de toutes les routes marocaines. A Tlemcen, Il épousa la fille de son cousin Muhammad Ibn Soleiman et repartit à Fès pour donner à la ville ses véritables dimensions. Quant à Muhammad Ibn Soleiman après un règne très court , il mourut à Tlemcen et fut enterré à Ain El Hout . La succession de l’émirat échut à son fils Ahmed Ibn Soleiman qui devint à son tour émir de Tlemcen. A sa mort il laissa dix enfants : Ahmed , Aissa, Idriss, Ibrahim, Hassan, Ali, Hossein, Abdellah, Soleiman et Mohammed. IbnHazm ( Abu Muhammed Ali ibn Hazm 994-1064, outre ses fonctions de vizir auprès des derniers Omeyyades, fut un théologien et un historien de grande érudition. ) confirme dans ses écrits le règne des émirs Soleimanites dans le Maghreb central. En 931 c’est à dire en 319 de l’hégire, les Fatimides occupèrent Tlemcen et chassèrent le dernier émir Idrissi-Soleimanite, El Hassan Ibn Abou Aich Ibn Aissa Ibn Idrisse Ibn Mohammed Ibn Soleiman. La conquête du Maghreb central par les Fatimides (dynastie de califes shiites qui régnèrent en Afrique du Nord et en égypte de 910 à 1171) chassa tous les descendants de Mohammed Ibn Soleiman. Ces derniers embrassèrent alors la cause des Omeyyades de Cordoue et se réfugièrent en Andalousie. La chute de Cordoue en 1091 vit la fin des Omeyyades. Certain des Chorfas Soleimanites rentrèrent au Maghreb et s’établirent dans le Souss( Maroc), le Riff marocain, ainsi qu’a Bejaia (Algérie), ainsi dans le sud Algérien. A titre d’information historique, rappelons qu’en 1437(Ch) il y eut une découverte miraculeuse ; celle du corps du Chérif Moulay Idrisse II retrouvé intact et reconnu par toutes les autorités ainsi que par le chef de la famille Idrisside, le chérif Djouti El Imrani. Cet événement a eu lieu dans le sanctuaire lui-même, près de la mosquée des chorfas de Fès. Cette découverte rehaussa le prestige de la famille Idrisside pendant la période des troubles sociaux, religieux et politiques qu’a connu le Maroc dans la deuxième moitié du XVe siècle sous les Bani-Ouattas.

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La zaouïa de Moulay Idrisse II est un lieu sacrée à Fès elle a été construite au IXe siècle puis renouveler 1437. Le sanctuaire est interdit aux non-musulmans. L'enceinte de la zaouïa est sacrée aucun musulman ne pouvait être arrêté. car il y est protégé et bénéficie du droit d'asile Fès étant considérée comme la ville de Moulay Idrisse .De nos jours de nombreux habitants de Fès connaissent encore par cœur ce que les chroniqueurs rapportent comme étant les paroles de Idrisse II, au moment de déposer la première pierre de l'édifice:

"O Dieu, tu sais que je n’ai pas construit cette ville par recherche de brio , ou par vanité, ou par désir de renommée et d’orgueil. Cependant je voudrais que tu sois adoré , que ton livre saint y soit récité et ta loi appliquée tant que durera le monde. O Dieu, guide vers le bien ceux qui y habitent et aide les à l’accomplir, cache à leurs yeux le glaive de l’anarchie et de la dissidence…" Idris II

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Nous savons que Abdellah El Kamel Ibn Hassen El Mouthanna, Ibn Hassen Essebt, Ibn Ali et Fatima Zohra , laissa en postérité sept fils :Mohammed Ennefs Ezakia, Moussa, Ibrahim, Aissa, Idrisse, Yahia, et Soleiman. De plus, Idrisse , Soleiman, et Aissa avaient la même mère : Attika el Mekhzoumia ; tandis que Moussa, Mohammed Ennefs Ezakia et Ibrahim avaient eux aussi une même mère : Hind bent Abi Obeida Ibn El Djarrah Essahabi (compagnon du Prophète Mohammed )Rappelons que Abdallah El Kamel était la personnalité les plus en vue pour accéder au Khalifat Abbasside. Il représentait la famille des Alides, cousins des Abbassides. Ces derniers ayant détrôné les Omeyyades en 750 (Ch) pour venger les Hachémites tués par les tenants de l’ancien régime, étaient devenus à leur tour ennemi des Alides et les combattaient partout. C’est ce qui explique les luttes fratricides et la fuite des vaincus à travers le monde islamique.

Nous tenons à mentionner qu’a Ain El Houts existe aussi le tombeau de Muhammad Ben Ali descendant en ligne direct, à la cinquième génération, de Abd Allah Ben Mansour Ce Saint homme vivait vers 1700 de notre de l’ère Chrétienne, sa mort se situe aux environs de 1755-56. C’était un savant, il était considéré comme un des principaux Eulamas de son temps. Son mausolée se trouve près de Sidi Abdallah Ben Mansour sur la colline de Ain El Houts. Ainsi, le deuxième khalife Abbasside Djaafar El Mansour fit arrêter en 762 (Ch) Abdallah El Kamel et les enfants de Hassen El Mouthenna, les transféra de Médine à Koufa ou il les fit exécuter après mille humiliations. Les Alides étaient alors en pleine révolte contre le régime arbitraire et abject du khalife. Ainsi Mohammed Ennefs Ezzakia surnommé le Mahdi se souleva avec un groupe de partisans dans le Hedjaz, passa à l’action, mais fut tué à son tour le 06/12/762 (Ch). Son frère Ibrahim, révolté à Bassora ( Iraq), connut lui aussi le même sort, un mois plutôt, le 6 novembre 762 (Ch).

Mohammed Ennefs Ezakia avait une réputation de Sainteté qui lui valut le surnom de Nefs Ezakia, c’est à dire l’âme pure. Il était l’auteur d’un ouvrage théologique El Kittab Essayar. Par ailleurs nous avons vu que les « chérif » Idrisse I et Soleiman, tous deux fils d’Abdallah El Kamel avaient bel et bien résidé dans cette contrée. Ils ont donc dirigé le Maghreb El Aksa à Wallilah d’un coté et Le Maghreb El Aousat à Tlemcen de l’autre.. Ils seraient donc les ancêtres de Ahl Ain El Hout et Ahl Bedjaya en l’occurrence Sidi Abdallah Ben Mansour et sa descendance, cela d’une façon logique et historique. La présence de ces Chorfas remonte donc au VIIIe (8e) siècle en Afrique du Nord. Pour certains biographes dont les sources d’information sont occultes, Sidi Abdallah BenMansour aurait pour ancêtre Mohammed Ennefs Ezakia, frère d’Idrisse premier et de Soleiman.

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