27 février 2006

Al-Idrīsī

Al-Idrīsī, de son nom complet Abu Abdallah Muhammad Ibn Muhammad Ibn Abdallah Ibn Idriss al-Qurtubi al-Hasani, connu aussi sous le nom latin de Dreses, est un géographe et botaniste marocain, né à Sebta (Ceuta) vers 1100, mort vers 1165. Il doit sa renommée à la rédaction d'un ouvrage de géographie descriptive intitulé Kitâb Nuzhat al MusAtâq ou Kitâb Rudjâr ou Le Livre de Roger. Ce livre fut rédigé à la demande de Roger II, roi normand de Sicile, pour illustrer et commenter un grand planisphère en argent construit par Al-Idrīsī.

http://classes.bnf.fr/idrisi/pres/index.htm

La Géographie d'al-Idrîsî propose, au milieu du XIIe siècle, une exploration du monde par un savant arabe vivant à la cour cosmopolite du roi normand Roger II de Sicile. C'est un atlas qui décrit de manière très codifiée les pays, leurs villes principales, leurs routes et leurs frontières, les mers, les fleuves et les montagnes. Al-Idrîsî commente ces cartes en suivant des itinéraires, comme un véritable guide. Il livre des informations de toute nature, géographiques bien sûr, mais également économiques et commerciales, historiques et religieuses. Outre la compilation des connaissances déjà pratiquées par ses prédécesseurs, al-Idrîsî s'est doté d'une méthode pour compléter et vérifier ses informations.

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Le Livre du roi

Appelée aussi Livre de Roger, la Géographie est un livre à la gloire de Roger II de Sicile. Le sens et le but de l'œuvre se rattachent à la mission dont le roi, selon la tradition arabe et byzantine, se sent investi. Une mission qui fait du prince un sage, serviteur du savoir, et invite Roger II à tenter la synthèse des connaissances du monde tout en exposant sa politique. Établissant une concordance entre les savoirs, la Géographie se présente comme une tentative de maîtrise intellectuelle du monde. La Géographie connaît un certain succès dans le monde arabe. Le livre est cité, copié, repris, augmenté, réduit, traduit... En Occident, il est imprimé pour la première fois en caractères arabes à Rome en 1592, partiellement traduit et publié en latin en 1619. Il tombe ensuite dans l'oubli et il faut attendre le XIXe siècle pour connaître une traduction française complète du livre.

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Il reste aujourd'hui dix manuscrits de la Géographie, réalisés entre le début du XIVe siècle et la fin du XVIe siècle. La Bibliothèque nationale de France en possède deux. Celui présenté ici est le plus ancien, copié autour de 1300 sur papier en écriture maghrébine. Il provient de la collection de 1515 manuscrits arabes rapportés par Asselin de Cherville, agent consulaire en Égypte, acquise par la Bibliothèque en 1833. Ce manuscrit très stylisé comprend trois cent cinquante-deux folios et rassemble soixante-neuf cartes, peintes chacune sur une pleine double page dans un cadre d'or. Sa gamme de couleurs est étendue et variée. Les noms des pays et des régions sont tracés en rouge. La mer est de couleur bleue avec un filet ondulé blanc, les lacs d'eau douce et les fleuves sont en vert, très rarement en bleu. Les montagnes sont représentées avec de nombreuses nuances, allant de l'ocre au violet. Les villes sont signalées par des rosettes rehaussées d'or.

Al-Idrîsî géographe

marokko5 On sait peu de choses sur la vie d’al-Idrîsî. Né au Maroc en 1100, il serait originaire d’une famille arabe noble d’Espagne. Il fait ses études à Cordoue, alors premier centre culturel de l’Islam occidental. Il est d’une grande culture médicale, connaît bien les plantes, les poisons et les poudres dont il sait les qualités spécifiques, pharmacologiques et aphrodisiaques. Il possède un peu de latin, parle grec et rédige quelques livres, dont un traité des médecines simples. Grand voyageur, al-Idrîsî parcourt la Méditerranée depuis l’âge de seize ans.
C’est en 1139 qu’il s’installe à Palerme, appelé par Roger II*, et entreprend, sous la direction du roi, un travail d’enquête et de compilation géographique qui va durer dix-huit ans. De son point de vue, la dynastie normande* des Hauteville, à laquelle appartient le roi, est appelée par Dieu à prolonger celle des califes* abbassides*. Palerme est vouée à prendre le relais de Bagdad et devenir le pôle savant d’un monde arabe sans frontière. C’est donc naturellement en arabe qu’al-Idrîsî écrira son livre, à la gloire de Roger II, souverain sage et serviteur du savoir, et de la Sicile, terre riche et pacifiée. Il commence la rédaction proprement dite en 1154, six mois avant la mort du roi. La Géographie sera achevée sous Guillaume Ier, probablement vers 1157, date après laquelle on perd complètement la trace d’al-Idrîsî. Il serait mort vers 1165.

Ses méthodes de travail

Dans sa préface, al-Idrîsî attribue à Roger II l’initiative du projet et la méthode qu’il a suivie. En premier lieu, al-Idrîsî interroge les livres de la géographie arabe. Il vérifie ensuite l’information auprès des savants puis des voyageurs expérimentés. Faisant preuve d’un esprit critique sévère, il les questionne ensemble, puis un par un, dépêche des émissaires pour corroborer leurs dires et rejette les informations contradictoires. Pour s’assurer de la véracité de données concordantes, il trace une carte graduée, à l’aide d’un compas de fer, sur une table à dessin.

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Après ce minutieux travail d’enquête, al-Idrîsî dresse une grande carte du monde orientée au sud et divisée en latitude* selon sept "climats*" et en longitude* en dix sections. Les climats, zones thermiques parallèles à l’équateur, sont d’une largeur inégale et l’atlas traduit une singulière déformation : le monde est très étendu, presque étalé en longitude, d’ouest en est, par rapport à son extension en latitude. Par cette méthode héritée de Ptolémée (90-168), al-Idrîsî poursuit l'œuvre de ses prédécesseurs en se plaçant dans une logique scientifique. Un ensemble important de commentaires forme le texte de la Géographie. Celui-ci suit le découpage cartographique en soixante-dix sections et commente ce que la carte ne peut représenter : description de la nature, routes, distances, architecture, commerce, merveilles, mœurs et coutumes... L’information est colossale : plus de 5 000 noms de lieux, de fleuves et de montagnes sont répertoriés. Cependant, l’ampleur même et l’encyclopédisme des informations rassemblées conduisent à des erreurs de copie et des confusions, voire des étrangetés.

Ses sources

marokko8 Al-Idrîsî est d’abord l’héritier de la géographie arabe, et plus particulièrement de la géographie "administrative". Ce courant comprend des ouvrages sur la perception de l’impôt et les routes de l’empire qui décrivent en détail les provinces, les villes et les campagnes. La méthode d’al-Idrîsî manifeste à cet égard un esprit critique sévère et remarquable. Tout ce qui ne pourra être vérifié sera écarté. Réduit à peu de notations, le légendaire est repoussé aux extrêmes limites du monde connu. L’information livresque n’est utilisée que pour les régions les plus lointaines. Ce sont des voyageurs qui rapportent des informations sur les pays les plus proches. Al-Idrîsî interroge tous les marchands ou émissaires de passage à Palerme. Il remet à ceux qui partent de la capitale une grille de renseignements précis qu’ils devront compléter. C’est ainsi qu’il rassemble l’information concernant l’Europe, encore inédite dans la géographie arabe et grande nouveauté du livre. Al-Idrîsî consulte peu les géographes latins, mais accède aux archives diplomatiques du Palais où il puise des informations sur les provinces françaises, allemandes, espagnoles ou italiennes.
Par sa méthode rigoureuse et systématique, par sa volonté d’associer l’Orient et l’Occident, par le croisement des points de vue et des disciplines, al-Idrîsî offre une description "moderne" du monde connu, la première tentative du genre.

Posté par Actua à 00:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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